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Le 27e anniversaire noir du coup d’état de 1980 en Turquie

mardi 11 septembre 2007, par Maison Populaire de Genève

Le 27e anniversaire noir du coup d’état de 1980 en Turquie

Le nouveau parlement doit éradiquer tous les vestiges du régime militaire

Communiqué de quatre organisations issues de l’émigration politique en provenance de Turquie :

Le 12 septembre 2007 est le 27e anniversaire noir du coup d’état militaire de 1980. Depuis 27 ans, malgré les manifestations des forces démocratiques, les pouvoirs politiques parlementaires ont toujours passé sous silence ce putsch criminel commis par des commandants de l’Armée turque. La constitution imposée par la junte reste toujours en vigueur. Les gouvernements successifs ont géré le pays en se soumettant toujours aux menaces et chantages de la hiérarchie militaire.


Les élections du 22 juillet 2007 ont créé une chance exceptionnelle pour briser ce carcan et éradiquer tous les vestiges du régime répressif instauré par les militaires.

En effet, pour la première fois dans l’histoire de la République de Turquie, l’Armée turque et ses alliés militaristes du monde politique ont subi une défaite cuisante aux élections législatives malgré les menaces, pressions, obstructions et chantages exercés depuis des mois.

Aujourd’hui, le Parti de la Justice et du Développement (AKP), issu de mouvance islamiste, détient à lui seul le pouvoir politique surtout après l’élection de son N°2, Abdullah Gül, à la présidence de la République. Il n’y a plus d’excuses pour justifier son retard dans la tenue de ses promesses en vue d’une véritable démocratisation dans ce pays se trouvant dans l’anti-chambre de l’Union Européenne.

De plus, malgré toutes les obstructions érigées à l’unanimité par les partis politiques non-kurdes représentés à l’Assemblée Nationale précédente, 20 députés kurdes ont fait leur entrée dans cette Assemblée et constituent le groupe politique du Parti pour une Société Démocratique (DTP).

Ayant ainsi un interlocuteur légitime, le pouvoir actuel composé du président de la République, du gouvernement uni-parti et de la majorité parlementaire a une chance historique de trouver une solution pacifique et honorable pour une coexistence pacifique et solidaire avec le peuple kurde et toutes les minorités ethniques et religieuses du pays.

Malgré une évolution favorable à la démocratisation, les déclarations illégales et provocatrices des chefs de l’Armée se poursuivent. Il s’agit d’ingérences inadmissibles dans la vie politique.

C’est la raison pour laquelle le nouveau Parlement doit immédiatement rendre caduque la constitution imposée en 1982 par la junte militaire et adopter une nouvelle constitution digne des normes démocratiques universelles et européennes.

Une des premières choses à faire dans le processus de démilitarisation est de soumettre le chef d’état-major à l’autorité du ministre de la défense nationale, de raboter les pouvoirs excessifs du Conseil de Sûreté Nationale (MGK) et du Conseil Militaire Supérieur (YAS).

Il faut également diminuer considérablement le budget des dépenses militaires utilisé pour opprimer le peuple kurde et menacer les pays avoisinants, notamment Chypre, l’Iraq, la Syrie, l’Arménie et l’Iran.

Si les chefs militaires persistent à poursuivre leurs ingérences et provocations, ils doivent immédiatement être éloignés de leurs postes.

Le bilan noir du coup d’état militaire de 1980

Aujourd’hui, au 27e anniversaire du coup d’état du 12 septembre 1980, il faut rappeler, une fois de plus, les crimes commis par les putschistes qui demeurent toujours indemnes et impunis :

- Le coup d’état du 12 septembre 1980 était la deuxième phase d’un processus de militarisation dans tous les domaines du pays. Auparavant, le coup d’état du 12 mars 1971 avait déjà aboli ou détruit plusieurs droits et institutions démocratiques par l’application d’une répression sans précédent.

- La Constitution imposée en 1982 par la junte militaire a aboli les derniers vestiges des libertés reconnues par la Constitution de 1961. La constitution de 1982 nie les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités arménienne, assyrienne et grecque de la Turquie. Les articles 3, 42 et 66 prônent la supériorité et le monopole de la race et de la langue turques. L’article 4 déclare que l’Article 3 ne pourra jamais être modifié, même la modification de cet article ne pourra jamais être proposée.

- La domination de l’Armée sur la vie politique, économique et sociale du pays a été rendue intouchable par les privilèges reconnus par cette constitution au Conseil de Sûreté Nationale (MGK).

- En deux ans, plus de 650.000 personnes ont été arrêtées et soumises à la torture.

- Des milliers de personnes ont été rendues handicapées.

- 210.000 procès politiques ont été ouverts devant les cours militaires.

- 98.404 personnes ont été jugées en raison de leurs opinions.

- 6.353 personnes ont été jugées sous la menace de la peine capitale.

- 21.764 personnes ont été condamnées à de lourdes peines de prison.

- Cinquante personnes ont été exécutées à l’issue des procès politiques.

- Plusieurs condamnés ont perdu la vie en prison en raison de mauvais traitements ou lors d’une grève de la faim en protestation contre ces mauvais traitements.

- Des fichiers ont été ouverts sur 1.683.000 personnes.

- 348.000 personnes se sont vues refuser l’obtention de passeports.

- Les universités ont été placées sous l’autorité du Conseil suprême de l’Education (YOK), dépendant du pouvoir politique.

- 15.509 personnes ont été chassées de leurs postes universitaires sous la loi N°1402.

- 18.000 fonctionnaires, 2.000 juges et procureurs, 4.000 officiers de police, 2.000 officiers de l’Armée et 5.000 enseignants ont été forcés de démissionner.

- Tous les partis politiques ont été dissous.

- Les activités des 23.667 associations ont été arrêtées.

- La presse a été soumise à la censure.

- 4.509 personnes ont été déportées par les commandants de la loi martiale.

- 113.607 livres ont été brûlés.

- 39 tonnes de livres, de revues et de journaux ont été détruites par des usines de papier de l’Etat.

- 937 films ont été interdits.

- 2.792 auteurs, traducteurs et journalistes ont été traduits devant les tribunaux.

- Le total des peines de prison prononcées contre les journalistes et écrivains s’élevait à 3.315 ans et 3 mois.

Pour une véritable démocratisation digne des normes européennes

Malgré le retour au régime parlementaire, les violations des droits de l’Homme se poursuivent, les intellectuels contestataires et les défenseurs des droits de l’Homme sont toujours soumis aux menaces de poursuites judiciaires, d’agressions physiques et de mort

Même après les dernières élections, les nouveaux parlementaires kurdes et les maires des villes kurdes subissent sans cesse des procès politiques. Les provocations et tentatives se multiplient en vue de les empêcher d’exercer leurs fonctions.

C’est la raison pour laquelle, à l’occasion du 27e anniversaire du coup d’état de 1980, nous appelons l’actuel pouvoir civil avec ses trois composantes (Parlement, Président de la République et Gouvernement) à éradiquer tous les vestiges du régime militariste en adoptant les mesures suivantes :

1. Entière modification de la constitution actuelle imposée par les militaires ; supression des articles 3, 4, 42 et 66 prônant la supériorité et le monopole de la race et de la langue turques.

2. Le système électoral imposant un seuil national de 10% au détriment des partis politiques représentant des opinions différentes, notamment pro kurde ou de gauche, doit être radicalement modifié.

3. Les responsables des coups d’état du passé doivent être traduits devant la justice pour crimes contre l’humanité.

4. L’ingérence des militaires dans la vie politique, sociale et culturelle du pays doit être définitivement interdite, les actuels commandants poursuivant leurs menaces et provocations doivent être éloignés de leurs postes.

5. Une amnistie générale doit être déclarée pour tous les prisonniers ou inculpés politiques.

6. Non seulement l’Article 301 mais tous les articles anti-démocratiques du Code pénal turc et de la Loi anti-terreur et d’autres lois répressives doivent être abolis, les poursuites judiciaires contre des journalistes, écrivains, artistes, enseignants doivent être arrêtées.

7. Les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités assyrienne, arménienne, grecque doivent être reconnus sans exception et sans restriction.

8. Le génocide commis au début du siècle contre les Arméniens et les Assyriens doit être solennellement reconnu par l’Etat turc.

9. Toute ingérence d’Ankara dans la vie politique et sociale des pays accueillant des ressortissants de Turquie doit être arrêtée.

Si le pouvoir AKP, comme il l’a fait dans le passé, se contente de certaines réformes cosmétiques sans effectuer les changements profonds énumérés ci-haut, on ne pourra jamais parler d’une véritable démocratisation en Turquie.

Bruxelles, le 11 septembre 2007

L’Asociation des Arméniens Démocrates de Belgique Les Associations des Assyriens de Belgique L’Institut Kurde de Bruxelles La Fondation Info-Türk

Correspondance : collectif1971@scarlet.be

Plus d’information :

http://www.info-turk.be/ http://www.kurdishinstitute.be


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