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Un 1er mai sous haute tension à Istanbul !

mercredi 30 avril 2008, par Maison Populaire de Genève

Le 1 er mai devrait se fêter dans une ambiance crispée jeudi à Istanbul, où les autorités, par crainte de violences, ont refusé aux syndicats l’accès à une place symbolique de la ville pour manifester.

"La place de Taksim ne figure pas parmi les endroits fixés pour organiser des rassemblements", a déclaré sèchement lundi le gouverneur de la première métropole de Turquie, Muammer Güler, mettant en garde les syndicats.

Plusieurs confédérations ouvrières, dont DISK (gauche) et TURK-IS (la plus importante du pays), ont insisté pour défiler à Taksim, la place la plus fréquentée de la rive européenne -interdite aux manifestations- pour commémorer la mort de 34 de leurs camarades lors de graves incidents il y a 31 ans.

Mardi, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a reçu les présidents de ces organisations, affirmant que les autorités pouvaient assouplir les mesures de sécurité pour permettre à un groupe de syndicalistes d’accéder à la place afin de déposer des fleurs sur le site de cette tragédie.

"Les syndicats ont bien sûr le droit de commémorer cette fête mais nous sommes un Etat de droit et il faut respecter les lois", a-t-il dit.

Le 1er mai 1977, des tireurs non identifiés -l’extrême droite, ainsi que les services des renseignements ont été soupçonnés- avaient fait feu sur la foule venue célébrer la fête.

Le mouvement de panique qui a suivi avait causé la mort d’au moins 34 personnes dans une atmosphère de quasi guerre civile entre gauche et droite qui avait mené trois ans plus tard à un putsch militaire.

Depuis le coup d’Etat de 1980, le 1er mai n’est plus chômé. Le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) a refusé la semaine dernière de donner suite aux demandes des syndicats pour déclarer ce jour férié.

L’an dernier, le 1er mai a donné lieu à des heurts violents à Istanbul entre des manifestants de gauche et des policiers qui s’efforçaient de leur interdire l’accès à Taksim.

Les groupes anarchistes et pro-kurdes profitent régulièrement du 1er mai pour prendre à partie la police.

Cette année aussi, selon les renseignements de la police, des "groupes marginaux, des organisations illégales et subversives ont l’intention de profiter de cette fête pour entreprendre des actes de provocation avec des armes à feu", a souligné le gouverneur.

Pas moins de 20.000 policiers seront à pied d’oeuvre dans la ville pour empêcher tout débordement, selon les journaux.

Les autorités sont très vigilantes pour éviter aux habitants de la ville la plus populeuse (13 à 14 millions) et coeur économique de la Turquie de devoir subir les effets des manifestations qui paralysent le trafic routier, déjà chaotique en temps normal.

"Il n’est pas question d’autoriser une telle manifestation qui peut paralyser l’ensemble d’Istanbul (...) personne n’a le droit de faire vivre un cauchemar à la ville", a indiqué le gouverneur, qui a menacé de faire usage de la force.

Le gouverneur a invité les syndicats à manifester dans quatre autres endroits déterminés par les responsables, dont deux sur la rive asiatique, pour célébrer le 1er mai.

Mais le président du DISK Süleyman Celebi n’est pas convaincu : "Le 1er mai est un jour d’amitié et de fraternité pour les travailleurs, pourquoi nous priver de ce droit ?", s’est-il demandé.

Les syndicats souhaitent également profiter du 1er mai cette année pour dénoncer une réforme sur la sécurité sociale, récemment adoptée au Parlement, qui vise à assainir le système actuel très déficitaire.

Elle prévoit le relèvement progressif de l’âge de la retraite à 65 ans jusqu’en 2048, ce qui entraînerait pour les syndicats "une retraite dans la tombe". (AFP, Burak AKINCI, 29 avr 2008)


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