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Recep Tayyip Erdoğan reste fidèle aux méthodes sinistres de ses prédécesseurs : massacres des civiles kurdes

Communiqué de presse

mercredi 24 août 2011, par Maison Populaire de Genève

Malgré aux apparences, la Turquie vit en ce moment une des pages la plus noire de son histoire : les violations massives des droits de l’homme, les pratiques anti-démocratiques dont la censure des médias et l’incarcération de dizaines de journalistes, la répression menée à l’égard du peuple kurde à tous les niveaux, y compris l’emprisonnement des enfants par centaines, accusés d’être membre et/ou d’avoir créé (sic) une organisation terroriste.

Le Premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré la guerre totale à l’égard de toute personne qui ne pense pas comme lui. Pour ce faire, il a commencé à mettre au pas les médias d’opposition avec des censures, amendes très elévées, arrestations et condamnations des journalistes et dirigeants de ces dernières.

Actuellement, 57 journalistes dont 11 rédacteurs en chef ou directeurs de publication sont incarcérés. Ainsi, la Turquie tient le triste record du monde dans l’incarcération des journalistes. Aujourd’hui, seules les médias qui se font la porte parole du gouvernement ne sont pas inquiétées en Turquie.

Les prisons turques sont devenues une cimetière. Selon les données officielles, en 2010, 161 détenus sont décédés en raison de manque de soins et 38 autres se seraient suicidés. A l’heure actuelle, 385 prisonniers malades, dont l’état de santé de 122 d’entre eux nécessite un traitement urgent, attendent toujours d’être soignés. Faut-il le rappeler, on compte près de 7’000 prisonniers politiques dans les géoles turques et des milliers d’arrestations arbitraires chaque année (plus de 7’000 en 2010) qui indiquent le degré des politiques anti-démocratiques et répressives du gouvernement turc.

Toujours en 2010, 6 personnes ont été tuées sous la torture en garde à vue et 1349 personnes se sont plaintes d’avoir été torturées ou subis des mauvais traitements dans des lieux de détention.

L’aide humanitaire à la Somalie, des bombes pour les villages

Kurdes

Le Premier Ministre turc s’est récemment rendu à Mogadischo, accompagnées de quelques vedettes de showbizz et d’un groupe de journalistes turcs, pour apporter de l’aide humanitaire aux affamés du corne de l’Afrique.

Famille kurde irakienne décimée lors des bombardements de l’armée turque

Au même moment, les chasseurs turcs, en concertation avec l’armée iranienne, bombardaient les villages kurdes en Irak faisant 7 victimes parmi les civiles, dont 4 enfants et 1 femme, et détruisant totalement 126 villages.

Il semblerait que le Premier Ministre turc n’a pas digéré la victoire électorale du parti BDP (pro-kurde) qui a obtenu 36 sièges au parlement turc lors des élections législatives du 12 juin 2011. Et ce, malgré une répresion féroce contre les élus, cadres et dirigeants de ce parti (1600 d’entre eux ont été incarcérés avant les élections avec des accusations fallacieuses) et une loi électorale défavorable aux minorités. D’ailleurs, 6 d’entre eux, élus au parlement lors des élections précitées, n’ont toujours pas été libérés. De plus, le gouvernement turc a fait annulé l’élection d’un des parlementaires kurdes emprisonnés (M. Hatip Dicle) en le remplaçant par un membre du parti de M. Erdogan, AKP. Ces exemples indiquent que les autorités turques, malgré leur discours officiel, n’ont aucune volonté politique de reconnaître les droits fondamentaux de ce peuple. Seule solution envisagée pour elles reste, comme depuis près d’un siècle, l’option militaire et le terrorisme d’Etat à l’égard du peuple kurde.

Pourtant, le PKK a proclamé depuis 1993 plusieurs fois un cessez-le-feu unilatéral. La réponse des autorités turques a été toujours l’intensification des opérations militaires non seulement contre les guérilleros du PKK mais aussi à l’égard des civiles kurdes. Il convient à cet égard de souligner le double langage du gouvernement turc qui, d’un côté, mène depuis plus d’une année des pourparles avec le leader du PKK, M. Abdullah Öcalan, et de l’autre, qualifie officiellement le PKK de groupe terroriste. D’ailleurs, M. Öcalan a déclaré récemment qu’il avait proposé à M. Erdogan de réunir dans un endroit sécurisé tous les guérilleros kurdes. Selon lui, une semaine suffirait à régler la question kurde en Turquie, mais M. Erdogan resterait silencieux à ses appels. M. Öcalan accuse le Premier Ministre turc d’être contre la paix et la solution démocratique alors qu’il déclare avoir accordé au gouvernement turc toutes les facilités pour une solution pacifique.

L’attitude du gouvernement turc actuel accrédite les propos de M. Öcalan. En effet, toutes les demandes du peuple kurde et de ses dirigeants en faveur de la paix, de la fraternité et d’une cohabitation avec le peuple turc reçoivent comme réponse de la part des autorités turques la guerre, la destruction, les massacres et la négation des droits élémentaires du peuple kurde.

Pourtant, il est clair qu’en un siècle de guerre, de négation, de destruction et de massacres, l’Etat turc n’a réussi ni éliminé ni assimilé complètement le peuple kurde. Durant ces 28 dernières années, l’armée turque a mené 26 opérations au nord de l’Irak pour massacrer et intimider les Kurdes. La dernière opération lancée le 17 août dernier, en concertation avec les autorités iraniennes, a le même but et se veut une menace contre l’unité d’un peuple écartelé entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.

L’Histoire nous enseigne qu’aucune armée, aussi puissante soit-elle, ne peut vaincre ni arrêter un peuple soif de liberté qui lutte pour ses droits fondamentaux.

La question est de savoir si les Etats-Unis et l’Union européenne continuerons à fermer les yeux sur les violations graves des droits de l’homme voire des crimes contre l’humanité commis par leur allié turc à l’égard du peuple kurde, comme ils l’ont fait avec certains dirigeants arabes ces dernières décennies, ou tireront des leçons de leurs erreurs ?

Genève, le 25 août 2011


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