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Scandale : les commanditaires supposés de l’assassinat de Dink acquittés !

mercredi 18 janvier 2012, par Maison Populaire de Genève

Un tribunal d’Istanbul a condamné le mardi 17 janvier 2012 un suspect à la prison à vie pour son rôle d’instigateur dans l’assassinat en 2007 du journaliste arménien Hrant Dink mais a jugé que cet assassinat ne relevait pas d’un complot. Yasin Hayal, 31 ans, a écopé d’une peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité, pour avoir "incité avec préméditation" à tuer le journaliste tandis que 19 commanditaires ou complices supposés ont été acquittés.

Le tribunal n’a pas retenu l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste, une décision dénoncée par les avocats de la victime qui ont toujours réclamé une enquête plus approfondie, jugeant que le meurtre relevait d’un crime organisé impliquant certains fonctionnaires de la sûreté.

Yasin Hayal, 31 ans, s’est vu infliger la peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, pour avoir "incité avec préméditation" le jeune Ogün Samast à tuer le journaliste, abattu de deux balles dans la tête le 19 janvier 2007 devant le siège de son journal, le quotidien bilingue turc-arménien Agos.

La justice turque a déjà condamné en juillet 2011 à près de 23 ans de prison Ogün Samast, un chômeur nationaliste de 17 ans au moment des faits, qui avait reconnu son crime.

Ce sont ses 19 complices supposés qui étaient jugés mardi.

Parmi eux, un autre suspect important, Erhan Tuncel, un informateur de la police, a aussi été condamné, mais sans lien direct avec l’affaire Dink : il s’est vu infliger 10 ans et six mois de prison pour sa participation au plasticage en 2004 d’un restaurant McDonald’s à Trabzon (nord-est), sur la mer Noire.

La cour a par ailleurs ordonné sa libération, estimant qu’il avait passé assez de temps en prison pendant sa détention préventive au regard de la peine prononcée, compte tenu des remises de peines.

Plusieurs autres prévenus ont été acquittés.

Mais c’est surtout la décision des juges de ne pas retenir l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste qui a provoqué la colère des proches de Dink.

"Brûle ta robe de juge !" a crié une femme dans la salle d’audience bondée à la lecture du verdict, tandis que plusieurs spectateurs s’effondraient en larmes, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le président de la cour a réagi en réclamant l’arrestation par les policiers présents de la femme, tandis que la foule maugréait.

Les avocats de la famille Dink ont toujours réclamé une enquête plus approfondie sur les ramifications de cette affaire, estimant qu’il relevait du crime organisé et impliquait certains fonctionnaires de la sûreté.

Devant le tribunal, l’avocate Fehriye Cetin, avec à ses côtés la veuve de Hrant Dink, Rakel, a ironisé sur ce verdict.

"Il s’avère que Hrant Dink n’a pas été victime d’un crime planifié (...) mais a été tué par une poignée de gens", a-t-elle dit, peinant à retenir ses larmes, avant de dénoncer une "plaisanterie" des juges.

"L’Etat a une tradition de crimes politiques et d’ostracisation d’une partie de ses citoyens", a-t-elle poursuivi. "Cette tradition se poursuit. Ils l’ont montré une nouvelle fois aujourd’hui avec cette décision."

La juriste a cependant assuré que "ce procès n’était pas fini".

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté mardi dans le centre-ville d’Istanbul pour réclamer une investigation approfondie sur l’assassinat en 2007 du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink, tandis qu’un tribunal d’Istanbul s’apprêtait à rendre un verdict sur ce dossier.

Un groupe de manifestants composé de politiques, intellectuels, activistes et l’épouse de Hrant Dink, Rakel, ont marché dans le quartier de Besiktas, sur la rive européenne de la métropole, jusqu’au tribunal, exhortant les autorités à punir des fonctionnaires qu’ils accusent d’être derrière cet assassinat. "Les commanditaires doivent être jugés" et "Ce dossier ne doit pas être refermé", ont scandé les manifestants.

"Aujourd’hui nous allons finaliser ce dossier par des verdicts à l’encontre des suspects", a indiqué à l’AFP Mehmet Bekaroglu, un ancien député.

Mais, a-t-il dit, "la conscience publique ne sera pas tranquille tant que ceux qui sont derrière le tueur ne sont démasqués".

Après l’annonce du verdict, des centaines de manifestants réunis devant le tribunal ont pris la direction des locaux d’Agos en scandant des slogans tels qu’"Etat assassin, tu rendras des comptes !" et que "Les fascistes frappent, l’AKP les couvre", du nom du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), au pouvoir.

Dink oeuvrait pour la réconciliation entre les Turcs et les Arméniens au regard de leur passé sanglant, mais les nationalistes lui en voulaient d’avoir employé pour le massacre des Arméniens sous l’Empire ottoman le terme de génocide, qu’Ankara rejette farouchement.

Le meurtre avait aussi donné lieu à des accusations contre les services de sécurité, informés des menaces qui pesaient sur Dink mais qui ne sont pas parvenus à assurer sa sécurité.

Sa mort avait bouleversé la Turquie et une foule de 100.000 personnes lui avait rendu hommage à ses obsèques.

La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné en septembre 2010 la Turquie pour avoir failli à son obligation de protéger la vie du journaliste.

Me Cetin a appelé les amis de Dink a commémorer sa mort jeudi devant les bureaux d’Agos. (AFP, 17 jan 2012)

http://www.info-turk.be/401.htm#liberticide


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